Mérite patrimonial 2006
Maisons Boomtown

Les maisons de style American Boomtown

Une conséquence du peuplement de l’Ouest américain, dépourvu de forêts, fut la préparation, dans les scieries du Nord-Est, à partir des années 1830, de membrures de charpente douces (2’x4’, etc.) faciles à transporter et à ériger, à l’aide du clou de broche. Il en résulte la charpente douce à claire-voie (ballon frame) de bâtiments apparus presque instantanément, pour la plupart en rez-de-chaussée, a pignon sur rue. Le pignon est invisible, car il est dissimulé par un parapet lequel est si haut qu’il donne un étage factice à la bâtisse. Le décor des épopées Western nous les a rendus familiers.

Une génération plus tard, cette nouvelle façon de faire nous rejoignait et allait donner à notre architecture la maison presque toujours à deux étages, à toit en appentis vers l’arrière, dit à égout extérieur, et dont la pente peut atteindre 15 degrés, première version de la maison boîte. La nouvelle venue coexiste d’abord avec les maisons villageoises de tradition québécoises et à mansarde avant de les supplanter au tournant du XXe siècle, lorsqu’elle se généralise. On en trouve un peu partout au Québec, construites après la crise économique de la fin des années 1870.

L’introduction de ce mode qualifié d’« American Boomtown » outre frontière, coïncide avec la croissance rapide de villes industrielles comme Trois-Rivières.

À Boucherville la maison Boomtown arrive plutôt tardivement et prend davantage l’allure des maisons boîtes du style industriel, à parapet moins frontal moins haut.

Caractéristiques architecturales :

  • Parement en planches à clin étroit avec planche cornière ;
  • Toit à égout extérieur vers l’arrière (parfois pyramidal ou à deux versants) ;
  • Corniche galbée à modillons ;
  • Galerie porche abrité par un toit en appentis ;
  • Garde-corps à barreaux ;
  • Fenêtres à six carreaux, persiennes ;
  • Fenêtres de proportions verticales et mouluration épurée ;

À l’origine, ces bâtisses présentent de beaux parements de planches à clin étroits ou en bardeaux de cèdre et des frises ornementées. Plus tardivement, certaines ont été dotées d’un parement de briques. La tôle imitant la pierre taillée, le bardage en aluminium, les panneaux de pierres synthétiques les fausses persiennes, le fer ornemental ont tour à tour fait leur apparition, reflet de l’industrialisation de procédés.

Certaines s’accommodent assez bien du décor éclectique d’époque victorienne ou de brisis de fausses mansardes. Il arrive enfin qu’un ajout à une maison de tradition québécoise soit de facture Boomtown et que ce mariage soit heureux.

1er prix : 46, rue Pierre-Boucher

Cette maison donne aux passants une impression magique de recul dans le temps. C’est un des rares bâtiments du Vieux-Village qui nous permet de réaliser cette expérience. Son authenticité très élevée est perceptible de la rue, mais également des annexes arrière. Cette résidence n’aurait pu traverser trois quarts de siècle avec une telle intégrité sans les efforts soutenus et amoureux de ses propriétaires au cours des ans. Il est intéressant de constater la disposition courante du balcon à l’étage occupant la partie médiane de l’abri de galerie en appentis, de la galerie pleine longueur du rez-de-chaussée. L’aménagement paysager est sympathique et simple. Le parapet à gradins de la maison cède la place à une pente de toit franchement exprimée à l’annexe arrière.

2e prix : 575, rue Saint-Charles

3e prix : 36, rue de la Perrière nord

Cette grande maison à deux logements contigus est remarquable par sa grande sobriété, son dépouillement presque total de décor. Il ne reste plus que la géométrie de l’angle droit. Elle illustre de façon exemplaire ce que l’on qualifie de maison « American Boomtown » au Québec. Elle présente un parapet à  gradins qui dissimule la pente du toit. L’annexe arrière respecte parfaitement l’esprit du corps du bâtiment principal.

Mentions:

  • 35, rue de Montbrun
  • 38, rue Louis-H-La Fontaine nord
  • 456, boulevard Marie-Victorin. Bâtiment à caractère utilitaire, ce commerce de services ne s’impose pas la trame patrimoniale dans laquelle il s’intègre. Ce souci est perceptible tant dans le maintien du gabarit de l’immeuble que dans l’échelle réduite du site qui l’accueille et les caractéristiques d’origine qu’il préserve.

Composition du jury : Mme Florence Junca Adenot, M. André Serge Blais et M. Robert Ouimet

Coordonnatrice du projet : Mme Florence Junca Adenot

Photographe : M. Robert Ouimet

16 maisons étaient en nomination :