Mérite patrimonial 2005
Maisons victorienne

Les maisons de bois d’inspiration victorienne, construites avant 1925

L’époque victorienne, d’après le règne de la reine Victoria (1837-1901), est riche en fantaisies architecturales. Plusieurs tendances y apparaîtront que l’on peut regrouper sous deux philosophies :

  • D’une part, l’historicisme qui désigne la mise à la mode des styles du passé et leur imitation;
  • D’autre part, le syncrétisme, qui puise sans vergogne dans ces styles les éléments les plus divers moins pour les reproduire que, en les fusionnant, pour gréer un style nouveau, représentatif d’une époque qui se cherche.

L’éclectisme de l’époque victorienne prendra la place du néo-classicisme anglo-saxon vers le milieu de 19e siècle et reprendra de la vigueur au début du 20e siècle avec le renouveau classique dont témoigne la maison des sœurs sur Marie-Victorin.

Parmi les tendances qui se manifestent à Boucherville dans l’éclectisme de l’époque victorienne, on distingue les tendances les plus diverses dont 3 sont particulièrement marquées :

  • Le courant italianisant, emprunté à la Renaissance, évoquant les ordres antiques ;
  • Les cottages et villas pittoresques à décrochés, tourelles, belvédères, fenêtres en saillie construites de 1880 à 1920 environ ;
  • Le décor éclectique appliqué à quantité d’édifices antérieurs remis à la mode du jour.

Le vieux Boucherville, à l’exception de quelques voisinages restreints, possède encore le cadre champêtre qui renforcé de la proximité du fleuve et de son archipel, justifie la prolifération des perrons, porches, terrasses, belvédères, solariums, vérandas, galeries et balcons. Tous ces éléments animent le paysage et en donnant du relief aux bâtiments, ils les prolongent dans l’environnement et les rendent accueillants.

Il est difficile d’établir le caractère de l’éclectisme puisque par définition les maisons créées dans cet esprit n’ont pas nécessairement de similitudes typiques entre elles. L’éclectisme s’inspire de sources diverses et par conséquent le dénominateur commun qu’on peut noter est la complexité qu’on retrouve dans les formes, le plan, les volumes et l’ornementation. Cette complexité est alimentée par le mélange des styles à partir de deux ou trois sources d’inspiration. Conception néoclassique avec emprunts au Roman, à la Renaissance française ou italienne ; toiture conique jouxtant un toit à deux versants ou un toit brisé ; influences italiennes alliées au Gothique ou au Second Empire. L’ornementation marquée par un traitement géométrique fortement ouvragé et diversifié rend presque impossible son appartenance à un style bien défini. Dans l’architecture domestique, l’éclectisme amène aussi à ajouter ou superposer des éléments aux caractéristiques architecturales existantes allant jusqu’à habiller partiellement ou totalement une maison d’une période antérieure.

Très souvent, les maisons de ce courant sont situées dans les villages ou à proximité. Elles sont construites pour des gens aisés désireux de se distinguer par une maison hors de l’ordinaire. Par mis les éléments d’architectures empruntés on retrouve :

  • Tour centrale sur plan carré coiffée d’un toit en pavillon avec ou sans terrasse faîtière (architecture du Second Empire) ;
  • Disposition symétrique des ouvertures obéissant aux préceptes classiques ;
  • Corniche de toit ornée d’énormes consoles en paires (dérivé du Néo-italien) ;
  • Chambranles et frontons lourds et ouvragés couronnant les ouvertures ;
  • Portes ornementée ;
  • Ornementation, mouluration et boiseries à la géométrie savante, balustres aux découpes compliquées ;
  • Consoles ouvragées supportant les abris de galerie ;
  • Pignons à corniches ornementées ;
  • Entablement classique ;
  • Grande lucarne interrompant l’avant-toit avec balcon ornementé, supporté par des colonnettes ;
  • Lucarne pignon en façade et galerie supportée par des pilastres ;
  • Acrotères et crêtes ornant pignon, frise de porche, etc.

1er prix : 595, boulevard Marie-Victorin

Cette magnifique demeure d’inspiration victorienne qu’on dit aussi vernaculaire américaine fut construite vers 1895 par la famille Germain qui habitait la maison de pierres, sa voisine du côté est. Majestueuse, bien proportionnée, solide sur sa fondation, couverte de tôle posée à la canadienne, cette maison « pignon sur rue » présente une composition symétrique de la façade. Il faut se réjouir du fait que toutes les transformations se sont réalisées dans le respect de l’architecture d’origine. Remarquons aussi les poteaux tournés avec aisseliers qui supportent l’abri de galerie, les consoles jumelées et même les acrotères à volutes qui dominent les angles de la toiture en pavillon. Pour son harmonie avec le paysage naturel et sa valeur architecturale elle mériterait d’être citée « bien culturel ».

2e prix : 17, rue Guérin

Cette maison d’inspiration victorienne de deux étages possède une toiture en pavillon avec lucarnes pignons où l’on peut observer une fenêtre en éventail. Son volume moyen lui confère une certaine sobriété. Les poteaux tournés avec aisseliers supportent l’abri de la galerie. Il faut aussi remarques les linteaux ouvragés des fenêtres et le parement de pierres sur la fondation. L’authenticité de cette maison a été respectée même avec l’ajout arrière et quelques rénovations bien intégrées.

3e prix : 434-436, boulevard Marie-Victorin

Cette maison volumineuse d’inspiration victorienne fut construite au tournant du XXe siècle. Elle est composée de deux résidences contiguës, qu’on dit aussi duplex horizontal, que la variété des détails marie en un tout bien articulé. Différents éléments architecturaux méritent qu’on s’y attarde : tourelle, tambour, ressaut, fenêtre palladienne, véranda, fenêtre en demi-cercle, saillies, impostes. Sauvée de la destruction à une certaine époque, elle fut rescapée de la déchéance et recouverte d’un matériau noble : le bois.

Mentions honorables :

  • 6, rue Desmarteau. Ce cottage d’inspiration victorienne fut construit au début du XXe siècle. Il possède encore le cadre champêtre qui, renforcé de la proximité du fleuve et de son archipel, justifie les perrons-galeries, les lucarnes en appentis, les grandes fenêtres en saillie et même les puits de lumière percés dans le toit à deux versants. La complexité qu’on retrouve dans les formes, le plan, les volumes et l’ornementation en font une demeure qui sort de l’ordinaire. Les colonnes doriques cannelées, les épis décoratifs sur le faîte, la légèreté du garde-corps de la galerie ajoutent des éléments intéressants à l’ensemble.
  • 3-5, rue De La Perrière nord. Cette mansarde blanche comprend deux maisons d’inspiration victorienne contiguës. Construite entre 1888 et 1893 elle serait la première maison jumelée à Boucherville. Son toit Second empire est percé de lucarnes surmontées d’un fronton sur les versants avant et arrière. Les planches découpées du garde-corps présentent deux modèles différents et sont disposées de chaque côté de la double entrée. La galerie continue, à l’étage, les aisseliers et le large fronton en plein centre constituent des éléments décoratifs qui ont pour effet d’unifier l’ensemble. Cette maison s’harmonise bien avec le paysage naturel et le milieu bâti voisin.

Mention particulière :

  • 518, boulevard Marie-Victorin. Cette villa victorienne fut construite à la fin du XIXe siècle par la famille Laurence. Elle a conservé toute son authenticité. Coiffée d’un toit en pavillon, sa façade est ornée d’une tourelle surmontée d’un toit en poivrière polygonal. La cheminée de briques qui passe à travers une lucarne a gardé sa position d’origine. Elle compte parmi les belles demeures estivales si populaires quand Boucherville était un lieu de villégiature recherché. La grandeur de son terrain, la proximité du fleuve et la présence de grands arbres en font un site privilégié.

Composition du jury : Mme Florence Junca Adenot, M. Guy Trudelle et M. André Serge Blais

Coordonnatrice du projet : Mme Nicole Racicot-Saia

Photographe : M. Robert Ouimet

17 maisons étaient en nomination.